Note d'hôtel

9/7/10

En écho aux "Notes d'hôtel", article de Helenablue dans lequel elle compile des textes de bloggueurs sur ce thème, et que je vous recommande de lire, voici l'histoire terrible de la chambre 112 d'un hôtel de passes. Je vous recommande d'éloigner les enfants et les âmes sensibles.


Il y a des brûlures de mégots sur les tables de nuit, sur le rebord du lavabo dont le robinet fuit, sur la moquette élimée et constellée de taches. La douche est si sale que je préfère aller aux bains publics. L'air est lourd d'odeurs, tabac froid, sueur, parfums bas de gamme. Le papier peint qui se décolle par endroits, doit dater des années 70, grandes fleurs sur un fond qui devait autrefois être jaune clair et qui semble aujourd'hui plus ivoire, recouvert par des  couches de nicotine et de goudron. Les draps, même, ne sont pas vraiment propres, constellés d'auréoles suspectes. Quant au lit, il est défoncé par trop de rapides étreintes tarifées.

La fenêtre ferme mal et laisse entrer le brouhaha de la rue, entre voitures qui circulent au pas, hommes occupés à jauger du regard la "marchandise" sur les trottoirs. Discussions des filles de joies, entre elles ou négociant le tarif avec le chaland. Ivrognes sortant du bistrot. Du bruit, il en vient aussi des chambres adjacentes, ahanements d'hommes, soupirs de femmes, simulations d'orgasmes.

Cette chambre 112 est la seule qui n'est pas louée que pour une heure. J'ai payé une semaine d'avance, en liquide, avec un assez bon pourboire afin de ne pas être dérangé et pour qu'on ne pose pas de questions. Pour qu'on ne remarque pas l'immense sac de sport vide que je trimballe avec moi et qui ressortira plein. Eviter la curiosité.

Bien sûr, elle m'a demandé pourquoi cet hôtel. Ce n'est pas dans nos habitudes. Je lui ai dit que j'étais pressé de la retrouver, après sa fugue, après qu'elle m'ait trompé avec mon meilleur ami, que je ne pouvais attendre avant de la serrer à nouveau dans mes bras. Réticente, elle a fini par accepter. Et nous nous sommes effectivement retrouvé très vite. Après qu'elle se soit endormie, je lui ai fait l'injection, j'ai sorti les scies du sac. Une scie à métaux, une scie égoïne. Elle n'est pas très grande, elle tiendra aisément dans l'immense sac de sport, une fois découpée. Puis je jetterai le tout dans la Seine. 

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