Dix huit mètres de haut. Nous y avons travaillé longtemps ! Nous, les conscrits. Le fackel (1) se verra de partout dans la vallée. Cette fête des moissons, nous la voulons grandiose. C'est aussi un anniversaire pour moi, l'an dernier, c'est la première fois que j'ai pris la main de la Marie-Claire dans la mienne. Ca faisait longtemps que je la regardais et que je l'aimais en silence. En Septembre, on nous a mariés, un enfant était déjà en route, l'été est propice aux siestes, cachés dans les fougères. J'ai fait beaucoup de jaloux, en épousant Marie-Claire, elle est la plus belle de la vallée et sa famille la plus riche.
C'est en son honneur à elle et en celui de notre fils que j'ai travaillé si dur pour monter un fackel si haut. Je veux célébrer notre amour. Ca fait des mois que j'avais repéré le jeune sapin sommital, que je me suis occupé de lui, arrosé les soirs de grosse chaleur, que j'ai nettoyé autour pour qu'il puisse se développer, prendre une belle forme conique. Je suis bûcheron, ça m'était facile.
Oui, ce sera une belle fête. Dommage que demain, je doive partir à la guerre, laissant derrière moi ma femme et mon tout jeune enfant. Maudits prussiens. Mais pour l'heure, oublions les larmes. Viens t'en dans mes bras, ma mie et place à la fête.
(1) fackel : le bûcher, en alsacien.
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