Sauvage
Une légende amérindienne prétend que le Grand Manitou a donné aux indiens le sapin pour se chauffer, le saule pour se soigner et le bouleau pour en faire des canoës. On trouve ces arbres dans la toundra, au nord de la Russie où m'avaient conduit mes pas, il y a bien longtemps, après avoir lu Kérouac.
Il y a des tribus nomades, semi-mongoles, dans ce milieu hostile, qui vivent de chasse, d'élevage de chevaux. Elles obéissent à leurs traditions et à des rites qui, jusqu'alors m'étaient totalement inconnues et qui aujourd'hui encore me demeurent mystérieuses.
J'avais présumé de mes forces et de mes vivres et je me retrouvais, à des kilomètres de ma destination, à ne manger que les maigres fruits et baies que m'offrait la nature sauvage. Après des jours d'un tel régime, je ne marchais plus bien loin et tombais rapidement à bout de forces. Je cru même mon dernier jour arrivé quand je ne pu plus mettre un pied devant l'autre et du me coucher, agonisant presque de faim et de fièvre. Je voyais déjà quelques vautours tourner en rond au dessus de moi et luttais pour ne pas m'endormir. En vain.
Je me réveillais dans une yourte, près d'un feu. J'avais été secouru par une de ces tribus. Le chaman qui s'était occupé de moi, m'expliqua que j'avais dormi plus d'une lune, pris de la fièvre des marécages. Grâce à ses bons soins, je me remis rapidement et restais pendant deux mois avec eux, jusqu'à ce que la période de migration fut venue. Je participais à toutes les tâches que je pouvais effectuer, corvée de bois, chasse, m'occupais des chevaux, tissais, et je fus rapidement adopté par ces gens extraordinaires dont j'essayais d'apprendre la langue.
Je n'avais jamais rencontré de loup lors de mes pérégrinations jusqu'à ce que, lors d'une battue, je me retrouve isolé. Je cherchais à rejoindre le groupe, me perdant encore plus dans la toundra. C'est alors qu'entre deux bouleaux, il m'apparut. Grand, puissant, magnifique. Je mentirais en disant que je n'ai pas eu peur lorsqu'il se mit à tourner autour de moi mais étrangement, à aucun moment, il ne se fit menaçant. Il avait l'air de vouloir me faire comprendre quelque chose. Il me tourna le dos, partit, revient, repartit comme s'il voulait que je le suive. Et je le suivis, sans savoir pourquoi. Je le suivis entre les bosquets de bouleaux, dans l'herbe jaune dans laquelle il semblait flairer quelque piste. Je le suivis en confiance et soudains vis déboucher la plaine, à la lisière de la forêt. Il m'avait ramené au campement.
Lorsque je racontais cela au chaman, il m'entraina jusqu'à la yourte basse qui leur sert de sauna. Il me donna comme consigne de respirer une poudre brune qu'il me remit et de passer toute la nuit allongé là. Quand il vint me chercher le lendemain matin, j'étais épuisé. J'avais rêvé du loup toute la nuit, me réveillant sans cesse. Il me fit sortir, regarda ma nuque et se mit à psalmodier. Puis me tendit un petit miroir afin que je regarde. J'avais une tache brune de la forme d'un loup. J'avais l'esprit du loup, me dit-il.
Il ne s'agit certainement que de la trace qu'une des pierres dont ils se servent pour chauffer leur sauna aura laissée lorsque je posais la tête dessus. Mais elle n'est jamais partie.
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